jeudi 28 octobre 2010

Les Magiciens, ou comment mêler metaphysique et fantasy...

J'ai eu entre mes mains, pendant quelque temps, le roman de Lev Grossman : Les Magiciens.
Et j'avoue avoir eu besoin d'un petit temps de réflexion, avant de vous donner ma critique, tellement ce livre ne correspond à aucun autre que j'ai pu lire...
Avant tout chose, le résumé de cette histoire : 

"Brooklyn. Quentin, dix-sept ans, est un adolescent brillant mais il ronge son frein, prisonnier d'un monde désespérément ennuyeux, en attendant d'intégrer une université de prestige. Comme il regrette le temps de son enfance où "Les Chroniques de Fillory" l'entrainaient dans un univers magique où tromper son ennui! 
Mais sa vie se transforme le jour où, à sa grande stupeur, il est admis à la faculté de Brakebills, une école extrêmement élitiste et secrète qui forme des magiciens. Cinq années d'un rude et dangereux apprentissage l'y attendent. Mais le monde réel, même revu par la magie, n'apporte pas forcément le bonheur? Ce qu'il faudrait, c'est que l'univers de Fillory, celui des contes de son enfance, ne soit pas un monde imaginaire. Qui sait?... "
(Editions l'Atalante.)


Vous avez, grâce au résumé, une trame principale du livre mais qui finalement ne vous dévoile rien de ce roman.
Pour réellement comprendre les thèmes et l'histoire que traite ce livre, il faut l'avoir lu. Point. Et même si j'essaierai aujourd'hui de vous faire partager cette histoire de Lev Grossman, je serais probablement loin du compte.
Je vais tenter de faire au mieux.
...
Dès les premières pages Des Magiciens, et alors que nous suivons Quentin, jeune homme brillant et personnage principal, nous ressentons une profonde mélancolie...
Cette mélancolie qui nous prend, nous aussi, et que chacun a pu ressentir en quelques moments de sa vie, regardant cette dernière de loin, comme étranger au monde qui nous entoure... Et comme déjà blasé à l'idée d'un futur.
Voilà donc l'état dans lequel nous retrouvons Quentin... N'attendant rien ni personne.
Errant dans les rues de Brooklyn mais ayant cessé de chercher.
Sa seule source de plaisir étant une série de livres : Les Chroniques de Fillory. Romans dans lesquels de jeunes gens vivent des histoires extraordinaires dans un monde magique peuplé de créatures étranges...
Et Quentin aimerait tant connaître cet univers là.
Alors, quand ce dernier se voit propulsé dans une immense salle de classe d'une école fort étrange pour y passer un examen d'entrée, nous nous disons que ca y est, Quentin a trouvé ce fameux monde de Fillory.
Non, Lev Grossman ne cédera pas à la facilité.
A aucun moment, dans ce livre, d'ailleurs.
...
Et l'histoire commence alors.
Quentin, vous vous en doutez, va apprendre la magie. Mais pas une magie de simples coups de baguettes. Non : "Apprendre la magie, c'était une autre paire de manches. Jamais il n'aurait cru qu'une initiation aux plus puissantes des forces surnaturelles puisse être aussi chiante"...
(Vous avez le ton du livre!!)
On est loin, ici, du monde Harry Potterien, où la magie nous semble belle, innée, et liée à l'émotion... Non, ici la magie est intellectuelle, presque mathématique...
"Avant de pouvoir jeter un misérable charme censé rendre le toit résistant à la foudre, Quentin dût bûcher trois jours pour le mémoriser, répétant les gestes devant son miroir pour être sûr de ne pas se tromper, veillant à adopter la vitesse, les angles et la cadence qui convenaient..."
Nous assisterons finalement, dans la grande première partie du livre, aux cinq années d'études de Quentin à Brakebills. (non, je ne vous dévoile rien en vous disant cela, je vous assure. Tout est ailleurs...). A ses rencontres avec d'autres jeunes magicien.
Leurs fêtes, leurs échanges, leurs émotions (toujours mêlées de désillusion.) à leurs lendemains de cuite.
Mais nous retrouverons, sans cesse, dans ces pages, une noirceur qui semble nous coller à la peau. Une mélancolie environnante. Une désillusion permanente.
Lev Grossman dresse, par ses protagonistes, un portrait réaliste et moderne de la jeunesse, que celle-ci soit "magique" ou non...
Quelque chose, finalement, que je n'avais jamais ressenti dans un livre de fantasy... (dans lesquels les auteurs tentent souvent de vous donner envie de découvrir le monde magique qu'ils ont inventé.).
Ici nous avons du mal à envier ses aventures à Quentin, tellement ses émotions peuvent ressembler aux nôtres.
...
Et puis vient alors le temps de partir de l'école, diplôme magique en main, et de construire sa vie à l'extérieur, dans le grand monde...
Il faut choisir une voie... Celle-ci n'est pas toute tracée.. Il faut la comprendre, la choisir.
Se comprendre, connaître ses envies...

Ce ne sont pas des adultes que nous suivons, mais encore des petits cons. Oui, des jeunes paumées.
Et pas forcément magiciens.
Et finalement c'est dans cette partie que l'histoire semble prendre toute sa consistance.
Je ne pourrais pas vous en dire davantage sur l'histoire sans vous gâcher votre possible lecture prochaine.
Alors je continuerais en vous disant simplement que pour Les Magiciens il faut être patient, et ne pas s'attendre à se retrouver face à un livre fantasy "lambda".
Que, malgré le "Harry Potter pour adultes" écrit par The New Tork Times sur la quatrième de couv', cette histoire n'a rien à voir avec le petit garçon à la cicatrice.
Non, Quentin ne doit rien affronter d'autre que ses peurs, ses angoisses, sa mélancolie et son mal-être... Ce qui n'est pas une mince affaire.
Que, pour moi, Les Magiciens n'est pas un "grand conte de fées", comme le dis The Washington Post, mais qu'il ressemble davantage à un roman initiatique, et métaphysique...
Que vous ne trouverez aucune moral ici... Mise à part la vôtre. Celle que vous aurez forgé, au fil des pages, au travers d'épisodes drôles, poétiques, ennuyeux (oui, car, comme la vie, ce livre est parfois ennuyeux...) ou mélancoliques.
Que vous ne saurez classer ce livre tellement il diffère des romans du genre.
Qu'un étrange sentiment de noirceur vous collera peut-être à la peau, quelques jours après la fin de vôtre lecture...
Que ce sentiment se mêlera à une sorte de grande frustration, de devoir fouiller au fin fond de vous même pour savoir quoi penser de ce livre.
Absolument barbant...
Ou profondément poétique...
Que vous serez en colère d'avoir parfois détesté Quentin, alors qu'il vous ressemble, par certains côtés.
Que vous n'aurez peut-être pas l'impression d'avoir lu un roman fantasy, mais un roman encré, profondément, dans le réel... Ce réel que l'on ne veut d'ailleurs plus voir, parfois, et que l'on oublie en lisant des romans fantasy.
Lev Grossman m'a piégé.
Je pensais rêver.
Je me retrouve accrochée à la Terre.
...
Peut-être y'a t-il un message à ce livre...
Mais il ne vous est pas donné sur un plateau d'argent.
A vous de trouver le vôtre. Celui qui vous convient.

Voici le mien :

Que la vie soit tentée de magie ou non, il ne tient peut-être qu'à nous de l'aimer à sa juste valeur...

Je crois que ce roman m'a plus touché que je ne voulais bien le croire, finalement...
Mais il ne plaira pas à tout le monde, j'en suis certaine.


A vous de faire vôtre choix.
Bonne aventure.

Et un grand merci aux Editions l'Atalante et à Livr@ddict pour m'avoir permis cette petite introspection^^

Ma Note pour Les Magiciens : 4/5

5 commentaires:

  1. Je ne sais pas trop comment ressortir de la lecture de ton avis...Mais je crois que j'aimerais bien me laisser tenter...
    Je te tiendrais au courant Rose! ;)

    Et t'as commencé à lire l'autre série de KMM ou elle est juste dans ta PAL?

    Des bises!

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  2. Comme Mlle Pointillés, tu m'intrigues ! Je me note le titre.

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  3. Oui, c'est vraiment un livre "special"... On peut même le detester, je n'en doute pas...
    Mais si vous vous laissez tenter, toutes les deux, je serais intriguée par vos avis ! J'ai lu des choses très très positives comme des déceptions, sur ce bouquin !!

    Quant à KMM, la punition d'Adam Black est depuis peu dans ma p.a.l. Je pense le lire dans très peu de temps... J'avais envie de rester un peu plus dans son univers, après fièvre fatale ;)

    Bises les filles !

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  4. Ta critique me fait penser à ce que j'ai pu penser de l'Attrape-cœur de Salinger.
    Mais en même temps, j'ai l'impression avec ta critique que Les Magiciens est à la fantasy ce que La Lignée est au livre de vampire. Complètement l'inverse de ce à quoi on s'attend. Surprenant donc.
    La chose dont je suis sûr c'est que ta critique est... wahou, vraiment agréable à lire et tu m'as transporté de tes mots !

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  5. Merci Cédric !

    Alors, je n'ai pas lu La Lignée mais j'ai suivi ce que tu en pensais, eu fil de ta lecture et oui, ça pourrait ressembler à ça...
    On ne s'attend pas à ça.
    Et on tombe de haut.
    A la fin de la lecture, je me suis dit "je n'aime pas ce livre" j'allais, je pense, lui mettre une note plutôt négative.
    Et finalement les choses ont mûries, pendant les deux jours suivants, avant que je fasse la critique. Et je me suis rendue compte que je repensais beaucoup à ce livre (ce qui n'est pas la cas d'un bouquin qui te laisse de marbre...), et qu'il m'avait plus chamboulé que je voulais bien le croire...
    Alors voilà.
    Un livre "bizarre", "spécial", dont il est difficile de parler!
    Il faut que j'aille faire un tour sur ton blog, j'y vais de ce pas ;)

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