samedi 21 septembre 2013

Cartographie des Nuages.

*Atemporel, multiple, entier... Coup de cœur de l'année...*

"Adam Ewing est un homme de loi américain, embarqué à bord d'une goélette partie de Nouvelle-Zélande et faisant route vers San Francisco, sa ville natale. Il n'a rien à voir avec Robert Frobisher, lequel, un siècle plus tard, se met au service d'un compositeur génial pour échapper à ses créanciers. Ni l'un ni l'autre ne peuvent connaître Luisa Rey, une journaliste d'investigation sur la piste d'un complot nucléaire, dans la Californie des années 70. Ou Sonmi~451, un clone condamné à mort par un État situé dans le futur. Pourtant, si l'espace et le temps les séparent, tous ces êtres participent d'un destin commun, dont la signification se révèle peu à peu. Chaque vie est l'écho d'une autre et revient sans cesse, telle une phrase musicale qui se répéterait au fil d'innombrables variations."

Editions de l'Olivier.
Disponible également en poche chez Points.


Le temps, dans sa mélancolie, charrie les hommes, souille leurs préceptes, et déglingue les faits établis...
Il tourne les pages, noirci les partitions, questionne le monde, et cartographie les nuages...
Sans cesse esclaves des siens, d'une croyance, d'une peur ou de ce temps, l'homme, les yeux fermés, avance et recule sans cesse, à petits pas...
Quelques uns, perdus dans la turpitude d'un destin en forme de comète, s’éveillent un instant...
Peur, déraison, recul puis courage, folie et course : un changement de cap laisse des traces...
Comme un coup de canif dans la carte des temps.

Comme la partition cariée de notes et de mots d'un musicien à la folle jeunesse.
Épistolaire musique...
"Quelle vulgarité, ce rêve d'immortalité, quelle vanité; quelle frauduleuse invention ! Les compositeurs sont les mêmes hommes qui barbouillaient dans les cavernes ! L'on écrit de la musique parce que l'hiver est éternel ; si l'on ne composait pas, les loups et la bise nous sauteraient à la gorge."

Comme le carnet de notes d'un voyageur naïf qui, près de la mort, voit ses yeux s'ouvrir et son monde se retourner.
Impensable rébellion.
"Il est autant de vérités que d'hommes. Parfois, j'entrevois une vérité plus juste, dissimulée derrière d'imparfaits simulacres d'elle-même, mais dès que je m'en approche, alerte, elle s'enfonce dans les marécages épineux de la dissidence."

Comme le film facétieux d'un Cavendish soixantenaire catapulté en pleine commedia dell'arte.
"Mieux vaut toutefois prévenir le lecteur fort affairé : la menthe au chocolat digestive que représente l'épisode de Felix Finch est le simple amuse-bouche de mes tribulations itinérantes. Ou de l'épouvantable calvaire de Timothy Cavendish, si vous préférez. Bigre, l'excellent titre que voilà !"

Comme l'enquête policière d'une journaliste tourmentée à la recherche de vérités.
"Elle a les cheveux très courts, porte une élégante robe violette, et pourtant une solitude et une tristesse inconsolables se dégagent d'elle."

Comme le récit d'un vieillard, au coin du feu, qui cartographie son temps et ses nuages...
"La plupart des récitances ont qu'un peu d'vrai, y en a qu'en ont, mais y en a peu qu'ont beaucoup."

Comme l'élévation d'une femme dans un futur à l'agonie.
Difficile dystopie...Science-réalité.
"Non, je parle d'un domaine plus verrouillé encore : le passé..."

Comme un David Mitchell, écrivain fou, qui aurait pensé tous ces récits... Qui les aurait composés avec brio, serait rentré dans la peau de ces personnages, aurait dialogué avec eux pour ensuite retranscrire, à la perfection, leur récit, leur ton, leurs désirs, leurs questionnements...
Qui aurait eu accès un instant, par un soir d'hiver peut-être, aux secrets du ciel...
Passé, présent et futur...
Un génie qui aurait parsemé d'indices, de mots, de similitudes, de "pétrifiantes coïncidences" chaque page de son livre... Pour qu'à chaque relecture nous y trouvions la naissance d'un monde nouveau.
Mouvante cartographie.

Comme les miracles d'un traducteur... Manuel Berri.
Dont la folie approche celle de l'auteur.
Un dialogue encore.
Et une prose parfaite.

Comme un livre qui ne peut laisser indifférent.
Qui vous suit dans vos douces tribulations, arrête votre montre un instant, et vous fait accéder à un autre temps.
Qui fait trotter dans votre esprit un air de piano.
Que pourtant vous n'avez jamais entendu,
Et qui pose devant vos yeux des images d'un ailleurs que vous n'avez jamais foulé.


Un coup de coeur.
Une palpitation...



Ps : il existe un film, adapté du livre Cloud Atlas. Ce dernier n'est pas forcément mauvais, mais ne contient pas un quart de ce qui est présent dans le bouquin. De plus, les enchaînements entre les différentes histoires se fait très (trop) rapidement, et beaucoup de détails passent à la trappe.
Enfin, l'aspect philosophique du livre est bien moins présent dans le film...
A vous de voir, donc...


Mais ne soyez pas effrayés par ces quelques 680 pages, elles sont si succulentes...

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